©Grégoire Bernardi pour I Heart Glasgow

Le Glaswegien Ross Birchard, aka Hudson Mohawke, a fait ses premiers pas sur des beats électros et n’a depuis cessé d’évoluer à la vitesse de la lumière, pour aujourd’hui transpercer, tel un missile supersonique, le ciel du clubbing international. DJ et producteur précoce, celui qu’on surnomme HudMo a déjà à son actif une ribambelle de tracks qui explorent l’univers étendu des musiques électroniques, et un album, Butter, sorti sur le prestigieux label Warp. Comme le ciel est la limite, il a aussi popularisé la trap music avec son acolyte canadien Lunice, en formant le groupe à tubes TNGHT, figure aux crédits des derniers albums de Drake et Kanye West et vient de signer sur le label du rappeur mégalo, G.O.O.D Music. C’est pourtant avec grande modestie que Ross nous raconte sa superbe ascension, après le saut.

CONCOURS : I HEART vous fait gagner des places pour le concert d’Hudson Mohawke au Showcase le vendredi 24 octobre, avec un retour en Djump! Pour participer, il vous suffit de nous envoyer votre nom + prénom à concours@iheart-magazine.com en répondant à la question suivante : À quel âge HudMo a-t-il fait son premier gig? Un conseil : jetez un coup d’oeil ci-dessous à l’interview du DJ réalisé pour I HEART Glasgow ! Les heureux gagnants remporteront aussi ce numéro. 

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir DJ et producteur ?
C’est la seule chose que j’aie toujours voulu faire. Depuis que j’ai sept ans, j’évolue dans cet univers. Je ne pourrais rien faire d’autre que de consacrer toute ma vie à la musique.

Hudson Mohawke n’est pas ton vrai nom. Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ?
Ça n’a rien à voir avec le film pourri de Bruce Willis ! C’est le nom d’une ville du haut de l’état de New York, Mohawk, qui donne sur l’Hudson River. Quelqu’un m’a appelé comme ça, une fois, pour blaguer. J’ai trouvé que ça sonnait vachement bien et je l’ai gardé.

Tu as été le plus jeune finaliste du championnat britannique de DJ organisé par DMC. Ce prix, t’a-t-il permis de booster ta carrière ?
À l’époque, je produisais déjà de la musique sur un jeu Playstation, de la musique de rave, de la techno, de la jungle, ça m’a toujours emballé. Ce prix a plus participé à ma satisfaction personnelle qu’à booster ma carrière, car je n’avais pas vraiment de carrière, dans le sens où avant mes 18 ans, je ne me suis pas fait d’argent.

Peux-tu nous parler de ta relation avec le célèbre label Warp, qui fait rêver tous les producteurs de musiques électroniques ?
C’est assez difficile de les approcher, car ils n’acceptent pas de démos. J’ai heureusement un ami d’un ami qui connaissait quelqu’un là-bas. Je suis chanceux sur ce coup-là ! Ils ont écouté mes prod’s et ils m’ont appelé. J’étais tellement surpris, car ce que je leur avais donné ne ressemblait à rien de ce qu’ils produisaient habituellement.

Te souviens-tu de ton premier gig ?
Mon premier gig, c’était pour une radio étudiante à Glasgow, quand j’avais 10 ans. Subcity Radio, la station est encore sur les ondes, après 17 ans.

Tu mixes et composes depuis des années. Quel conseil essentiel pourrais-tu donner à un jeune DJ/producteur ?
Je pense que ce que j’ai appris et que j’apprends encore, c’est d’arriver à être le plus subtile et de faire le maximum avec le minimum. Et dans mes compositions, j’essaye d’être moins sophistiqué qu’avant, plus épuré. Mon ancienne musique était très chargée, il n’y avait pas beaucoup de silence entre les sons.

Tu as la réputation d’être assez fou quand tu fais la fête, un exemple ?
J’ai fait beaucoup de choses bêtes et dangereuses, cette année, quelques-unes de ces expériences étaient extraordinaires, mais j’en regrette beaucoup d’autres qui m’ont causé pas mal d’ennuis et même mené à l’hôpital… Pour être honnête, je n’ai pas vraiment envie de rentrer dans les détails. Je vais essayer de me calmer, cette année, c’est ma nouvelle résolution !

“Je pense que ce que j’ai appris et que j’apprends encore, c’est d’arriver à être le plus subtile et de faire le maximum avec le minimum.”

Alors on change de sujet ! Quelle track aimes-tu jouer le plus, lors de tes sets ?
Le premier morceau de l’album de Beyoncé qui vient de sortir, « Pretty Hurts ». C’est ma chanson préférée, je l’ai écoutée 40 fois, aujourd’hui !

C’est vrai que tes mix et tes compositions sont très influencés par le hip hop.
J’ai commencé par la dance et la musique de rave qui provient du hip hop, de toute façon. Ce sont les mêmes sons à une vitesse supérieure. Ensuite, j’ai commencé les battles de DJ, c’était plus underground hip hop. Je me suis donc investi dedans petit à petit, mais j’aime encore la dance music aujourd’hui.

Quel est ton groupe glaswegien de hip hop préféré, si ça existe ?
Je ne suis pas au courant de ce que devient le hip hop à Glasgow. Dans ma jeunesse, mes DJ favoris étaient Ritchie Ruftone, Freak Menoovers et mon MC préféré était sans doute Scotland Yard / Yard Fam.

© Grégoire Bernardi

Tu composes sur logiciel, mais sais-tu jouer d’un instrument ?
Je joue mal d’un petit peu tous les instruments, batterie, piano… Mais je ne suis malheureusement pas bon (rires). Heureusement, je peux les arranger après sur le logiciel Fruity Loops !

Ta musique est composée de rythmiques emballées, d’harmonies hypnotiques, un son très groovy et en même temps planant. Quel est ton processus créatif ?
Tout ce qui me vient à l’esprit est généralement mélodique, coloré. Il y a beaucoup de pistes, mais je n’aime pas être trop agressif. J’aime l’approche classique de la mélodie, je suis plus tourné vers ça que vers les basses agressives.

Tu aimes aussi ajouter des vocaux comme sur ton EP Hudmo 100 avec Chris Brown.
Ces morceaux étaient des « DJ tools », des tracks que j’utilise dans mes propres sets pour coller des morceaux de rap super connus sur mes prod’s. Aujourd’hui, j’ai la chance de travailler avec certaines de ces personnes en vrai ! C’est ce que j’ai toujours voulu faire.

D’ailleurs, tu as travaillé avec Kanye West ?
Oui et nous sommes en train de travailler sur quelques nouveaux projets.

Tu as officiellement signé sur son label G.O.O.D Music. Comment te sens-tu ?
C’est un autre rêve qui se réalise, je n’aurais jamais pu imaginer ça pour quelqu’un de Glasgow. C’est un autre monde, complètement différent, plein de glamour et de styles associés au hip hop mainstream. Je suis ravi de pouvoir le faire comme je l’entends, sans compromettre quoi que ce soit de ma musique.

La frontière entre commercial et underground est-elle délicate à franchir ?
Non, plus maintenant. Je ne sépare plus les deux, c’est la même chose pour moi, en bien comme en mal. Il peut y avoir du très bon commercial et de la merde underground terriblement ennuyeuse et vice et versa. Tout se mélange aujourd’hui, je ne pense pas que cela pose de problème.

Chacune de tes productions explore des genres variés, le hip hop avec Surface Empire, la pop avec Satin Panthers. Est-ce l’une de tes caractéristiques, la diversité musicale ?
Je fais juste ce que j’ai envie de faire dans l’instant. Je n’aime pas m’enfermer dans un genre ou un tempo. J’aime pouvoir toucher à tout en fonction de mon humeur.

Tu produis beaucoup d’EP, tu es de toutes les fêtes. Es-tu hyperactif ?
Pas vraiment. Je pense que je suis même plutôt lent, honnêtement. Parfois, je peux faire trois ou quatre morceaux en une semaine et absolument rien en deux mois, c’est très imprévisible.

Où en es-tu de ton projet TNGHT avec Lunice ?
TNGHT, c’est une musique légère et fun. On y injecte chacun de la musique que nous n’aurions jamais faite dans nos propres sorties, c’est un exercice qui nous plaît, on travaille bien ensemble et on se marre.

Tu viens de Glasgow, mais tu as choisi de t’installer à Londres. Pourquoi ?
J’aime Glasgow, j’y serais pour la fête des 10 ans du label de mes amis Numbers. Il y a deux raisons au fait que j’aie quitté Glasgow. La première est que je n’aurais sans doute pas pu arriver là où j’en suis aujourd’hui si j’étais resté là-bas. La deuxième est que je dois forcément passer par Londres pour voyager et pour jouer… Cela devenait de plus en plus compliqué de rester à Glasgow.

Peux-tu nous parler de la clique Numbers, que tu connais bien.
C’est une scène influente sur Glasgow et en Grande-Bretagne, plus généralement. Elle bouge beaucoup et tous les projets lancés cette année ont eu beaucoup de succès. Nous avons tous accompli de bonnes choses, ça a été incroyable.

“J’ai fait beaucoup de choses bêtes et dangereuses, cette année, quelques-unes de ces expériences étaient extraordinaires, mais j’en regrette beaucoup d’autres qui m’ont causé pas mal d’ennuis et même mené à l’hôpital…”

Quelle est la salle de Glasgow qui a le meilleur système son ?
Il y a quelques années, j’aurais dit le Sub Club. Je ne suis pas sûr qu’il soit encore si bon aujourd’hui, mais ça a été pendant longtemps un sound system de légende, une cave sombre avec un son si clair que vous pouviez l’écouter toute la nuit sans craindre pour vos oreilles.

Le Sub Club fait-il partie de tes plus belles expériences passées à Glasgow ?
Sans doute, j’y travaillais, j’étais au bar. Ça m’a forcé à écouter une tonne de gars que je ne serais jamais venu voir, si je n’y travaillais pas, et ça m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, même influencé ma musique. Par exemple, j’ai jamais été fan de house, jusqu’à ce que j’entende des légendes de Detroit jouer au club et qui m’ont totalement fait changer d’avis sur cette musique. Je n’avais même pas idée à l’époque de combien ça allait influencer ma future carrière.

Quelle atmosphère aimes-tu diffuser dans tes sets ?
D’habitude, je garde toujours une saveur atmosphérique et abstraite, mais je joue beaucoup de grosses musiques de clubs. J’essaye de créer un mood qui évolue. Ça monte, puis ça redescend, pour remonte vers une autre voie sonore. Parfois, ça marche plus que d’autres, ça dépend de la foule, mais ça a plutôt l’air de bien fonctionner, en ce moment ! (Sourire)

Qu’est-ce que tu aimerais faire que tu n’as pas encore réalisé ?
Toujours aller plus loin, c’est tout ce que je veux, continuer mon chemin. Pour l’instant, je me concentre sur mon album solo, j’ai plusieurs projets avec G.O.O.D Music, en plus de quelques projets secrets dont je n’ai pas le droit de parler.

Souhaites-tu ajouter autre chose ?
Pas maintenant, je suis fatigué et je dois aller mixer !

Hudson MohawkeButter (Warp)
TNGHT – EP S/T (Lucky Me / Warp)
facebook.com/hudsonmohawke
soundcloud.com/hudsonmohawke

Par Charlotte Sarrola


  • Out Now

  • Ad

  • Newsletter

  • Twitter

  • Facebook

  • Ad