Photo : Gabriel Bruce

Le festival se tient dans le Midi. La première aventure, c’est donc le voyage, que certains d’entre nous, les plus nantis, firent en première classe d’un TGV réfrigéré, que d’autres, les plus désireux de goûter au chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens, firent en citadine non climatisée, moyennant une petite douzaine d’heures égayée par les effluves d’alcool des passagers les plus trashouille, et que les mecs rigolos firent en stop, au risque semble-t-il assumé d’une arrivée tardive. Passé l’enfer toulonnais, Hyères apparaît comme un îlot de sérénité bourgeoise. Hormis le tout petit centre touristique, les rues sont calmes, les autochtones se réfugiant peut-être pendant les festivités au sein des nombreux cabinets d’audioprothésistes à qui l’on est tenté de reconnaître une certaine jugeote de s’être installés là.

Direction l’hippodrome pour commencer, qui paraît un peu clairsemé, mais de teenagers souriants, ce qui d’une certaine manière doit pouvoir compenser. Willy Moon crie dans son micro sans motif évident et gigote dans son uniforme slim-cravatte-dandy-rock-2008 au point qu’à la fin de son set il est probablement fatigué et ce n’était pas la peine. On retiendra plutôt de cette première soirée la prestation de SBTRKT, qui déclenche, avec douceur mais fermeté dans la durée, des mouvements de fesses chez les festivaliers et donne l’énergie de prolonger sur la plage, où Disclosure et Pearson Sound font le job. Ça danse les pieds dans l’eau et la pompière qui plonge pour ramener les nageurs imprudents est trop sexy pour être honnêtement secouriste.

Retour épique en voiture, serrés comme des sardines et prise de décision sous l’effet de la raison : nous utiliserons désormais les navettes mises à disposition. Partout des affiches aguicheuses annonçant que « l’événement de l’année » était bel est bien cette « grosse soirée mousse » au Club Vertigo. Nous nous couchons dans l’angoisse d’avoir misé sur le mauvais cheval.

Photo : La villa Noailles

Trois spots, trois ambiances. Le lendemain, la villa Noailles qui surplombe la paisible bourgade s’offre enfin à nous qui ne la connaissions pas, et à ceux qui, habitués, regrettent qu’elle ne soit plus le cadre privilégié des hostilités. Le décor est en effet assez idyllique, et la fraicheur à l’ombre des arbres parfaitement bienvenue. On sieste avec Weird Dreams et Aline, on est bien. Retour à l’hippodrome pour la soirée principale, Arthur Béatrice et sa chanteuse Ella Girardot sont tout à fait réjouissants, Thurston Moore n’est pas fatigué, mais c’est Bon Iver qui se fait attendre. Tête d’affiche, Justin Vernon vient avec sa déco et son gros groupe de plein de mecs impeccables. Le set est parfait, et impressionne autant qu’il déçoit comme il ne laisse place à aucune improvisation. Une infranchissable cascade de bière coule entre lui et nos émotions. On en récupère quelques gobelets au passage et c’est très enjoués que nous arrivons à la plage, où Blondes met tout le monde d’accord. Le duo berlinois exilé à Brooklyn maitrise ses machines et y prend manifestement autant de plaisir que nous. Dixon enchaine et ne démérite pas. Sur le sable, des festivaliers s’étreignent, d’autres se dénudent. Le retour en navette est décomplexé. Ivres de bonheur, certains pousseront l’euphorie jusqu’à la blessure, probablement pour se faire remarquer.

photo : Weird Dreams

Le dimanche après-midi nous voit repartir à la plage pour une session – gratuite – de mix au soleil. Mais nos peaux à la slave délicatesse n’en raffolent guère et surtout, le vent souffle à une vitesse d’environ 700km/h, ce qui est vraiment chouette pour les véliplanchistes et kitesurfers présents mais assez désagréable en vue d’un modeste chill musical. Nous retournons donc à la Villa Noailles où nous déambulons à l’aise entre regards complices et regards honteux d’un lendemain de festival. On se cherche, on se fuit, on rit. Hihihi, on se laisse envoûter par la poésie du quatuor mancunien Money.

Le week-end s’achève avec François and the Atlas Mountains qui livrent une prestation énergique et, bien que nous laissant un peu de marbre, enthousiasment la petite foule. Pas d’after en ville comme annoncée au programme, la ville ayant oublié de s’animer pendant le week-end, mais nous ne lui en tenons pas rigueur. Rassasiés, nous quittons le Midi avec le sourire, et l’envie de plus d’audace dans la programmation, pour un festival qui peut aujourd’hui légitimement s’en donner l’ambition.

photo : SBTRKT

photo : Arthur Béatrice

photo : Bon Iver

photo : Le Midi Festival

 

Photos : Les Bébés Trashouilles et Louis Canadas


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